• Une aberration démocratique...
Pourquoi avoir modifié la loi qui, après tout, n’était pas si mauvaise ! Certains diront qu’il fallait mettre un torchon humide sur le feu des passions locales et calmer les ardeurs. Oui, mais la perte du civisme ne passe-t-elle pas par l’abandon de ces joutes de clochers qui incitent à s’intéresser à la chose publique. Le concret de la politique en fait...
Pour évacuer ce débat, on parle du besoin d’économie dans les budgets, de simplification du système électoral et de parité « homme-femme » …
• Oui, mais...
D’accord, il faut tenir compte du besoin de limiter les dépenses dans les budgets des communes. Nous dit-on ! C’est un fait... Cela coûte de l’argent d’organiser un scrutin un dimanche… Le temps passé à dépouiller, les chamailleries de clocher, les invectives anonymes, la mobilisation des agents et tout le travail administratif à effectuer pour... Rien ! Puisqu’on vous dit que le scrutin est joué.
• Allons plus loin quand même...
En allant jeter un œil dans le détail des comptes administratifs des communes (qui tiennent compte des résultats définitifs contrairement aux budgets qui ne sont que des éléments prévisionnels), on se rend à l’évidence que ce ne sont pas les finances locales qui posent problème (elles ne peuvent se trouver en déficit) mais bien celles de l’État. Depuis cette fameuse loi de décentralisation, les gouvernants successifs n’ont eu de cesse de transférer les charges de l’État vers les Collectivités et dans le même temps de « siphonner » leurs trésoreries. Les techniciens, hauts fonctionnaires bardés de diplômes au service des « politiques », ont usé de trésors d’imagination pour réformer à tout-va et pour finalement permettre au Pouvoir central de mettre la main sur les moyens d’existence des collectivités locales. Et cela, tout en leur reprochant - et, c’est bien là le plus croquignolet de l’histoire (si l’on peut dire) - de trop dépenser…
• L’étranglement de la Démocratie...
On peut donc, et le plus légitimement du monde, s’interroger sur le bien-fondé de la réforme du code électoral des communes. D’autant que les citoyens n’ont pas eu leur mot à dire dans cette histoire. Étrange quand même de modifier un des fondement de la Démocratie sans demander leurs avis aux principaux intéressés. Que peut faire l’électeur-citoyen face à cette situation ? Rien, si ce n’est déserter les salles d’élection pour marquer son indignation.
L’affaire, pourtant d’importance, a été imposée et validée par le législateur. Cette nébuleuse, pourtant sortie des urnes, composée d’hommes et de femmes parfaitement bien installés dans leur fauteuil parisien. Des gens très contents de favoriser leurs petits camarades restés en région pour veiller aux affaires et leur assurer une prochaine réélection confortable.
Pour l’anecdote, on peut trouver extraordinaire que pendant des années les élus ont approuvé toutes les réductions budgétaires et dans le même temps, ils ont voté des augmentations de leurs indemnités et autres avantages.

• La perte de repère...
En restructurant le modèle local, les technocrates réformateurs de la loi électorale ont joué aux apprentis sorciers. En effet, il a fallu du jour au lendemain, trouver du monde pour composer les listes et jouer de persuasion pour inviter des gens à venir faire le nombre autour de la table du conseil et dans les nombreuses commissions qui s’empilent à longueur de mandat. Les rangs se sont éclaircis d’un coup ! À croire que le sens civique venait de disparaître comme un brouillard de printemps. D’autant que le boulot se complique lourdement. Les mauvais esprits diront que c’est pour mieux masquer les réformes toujours défavorables aux citoyens. Les méchants usagers, mécontents et remontés, viennent cogner à la porte. Pas toujours celle de la Mairie, mais directement au domicile du Maire évidemment !
Ce jeu de cache-misère, sans doute plus que la fermeture des bistrots dans les bourgs, participe à la montée de l’extrême droite dans le Pays. C’est une évidence moins on se sent impliqués, plus on accepte l’inacceptable...
• Gonfler les indemnités...
Pour sauver les mairies de la désertion totale, il a fallu rendre beaucoup plus alléchantes les indemnités attribuées aux élus et mieux alimenter le buffet du congrès annuel des maires... Il a également été utile de détendre les règles administratives pour attirer de nouveaux candidats. Notamment en recrutant dans les rangs des fonctionnaires territoriaux… De là à penser que d’ici quelques années le maire sera un salarié à plein temps… Le pas est facile à sauter ! La complexité des textes les rend difficiles à mettre en application pour qui n’est pas du sérail. Fini le temps du maire paysan, voici venu l’époque de l’élu technicien, capable de lire et d’appliquer des textes parfois contradictoires et des politiques constituées dans l’urgence d’un moment médiatique.

• La place des femmes comme alibi...
Le passage du scrutin nominal au scrutin de liste paritaire avait également la vocation de favoriser la présence des femmes dans les conseils municipaux. Le pari est-il réussi ? La réponse n’est pas évidente même si des femmes s’engagent un peu partout avec plus ou moins de bonheur (plutôt plus en fait). Si l’on tient compte de l’évolution des temps, il apparaît comme évident que même sans la réforme, ces dames se seraient impliquées dans la vie démocratique. L’émancipation prend du temps. Le législateur lui en manque et s’il peut faire d’une pierre deux coups !
• Ce n’est absolument pas une vue de l’esprit...
La vérité est que sous ces bonnes intentions, on est arrivé à restreindre fortement la démocratie dans les communes (notamment les plus petites) tout en favorisant - à l’excès -la mainmise des partis dans les territoires.
Dans un prochain temps, pas si lointain, on réformera la loi pour élire les députés sur des listes bloquées. Le Parlement, dans son ensemble, sera sous contrôle et le système républicain deviendra alors une terre fertile pour un joli coup d’état.
Une majorité dans les Chambres et l’ensemble des conseils locaux (Régions, Départements, Communes) facilitera la désignation d’un Guide suprême par acclamation. Certains y pensent déjà et d’autres y travaillent de manière acharnée, tenant pour acquis que le peuple se transforme toujours et facilement en un troupeau docile et parfaitement soumis. Les citoyens eux devront se contenter de subir en regrettant amèrement le temps où ils avaient le droit de choisir leurs conseillers municipaux en fonction de critères personnels. La démocratie (ce si mauvais système toujours sans égal !) commence là.

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