SURTOURISME :

 

la mésaventure
d'un haut-landais

 
   
 

Alors qu'un été caniculaire s'achève, les médias font aussi leurs choux gras des méfaits du surtourisme, décrivant inlassablement tous ces vacanciers pénibles qui envahissent en masse des lieux magnifiques.
C'est une réalité, mais...
Mais sont-ce bien les touristes les responsables ? Est-ce qu'il n'y aurait pas dans cet acharnement comme la satisfaction d'avoir déniché un peu trop facilement un bouc émissaire tout désigné ?

A , nous pensons que les choses sont loin d'être aussi simples et que les coupables-responsables, justement, ne sont pas toujours les touristes, loin de là, même s'il y a du gros boulet partout.

En partant de la mésaventure arrivée au Portugal à l'un de nos lecteurs, nous avons voulu essayer de mieux comprendre tout ça.

Avec une question très importante à la clé : est-ce qu'il n'y aurait pas dans ces idées reçues comme un mépris de classe ?

Bonne lecture.

 
MÉCHANT,
LE TOURISTE ?
 

 

• L'histoire de départ.

L'histoire qui sert de départ à cet article est très classique, et se produit désormais assez souvent, sous plusieurs formes, dans de nombreuses villes françaises, mais surtout étrangères.
Celle-ci se passe à Lisbonne, au Portugal. Un habitant d'un village pas très loin de Captieux s'est fait agresser par des habitants de cette ville qui lui ont arraché sa valise en hurlant en espagnol, en anglais et en français qu'il y en avait assez des touristes. La valise a été éventrée et son contenu étalé dans toute la rue.
Inutile de dire que ça déstabilise.

Ce n'est qu'un exemple parmi d'autres et les manifestations contre le surtourisme sont de plus en plus nombreuses, les actes de plus en plus intimidants (pistolet à eau, excréments sur les boîtes à clé, etc.).
Venise, Pampelune, Santorin, Barcelone, Îles Baléares : de l'Italie à la Grèce, les habitants sont excédés et ils le montrent.

Mais qui est vraiment responsable de cette situation ?

Quand on y réfléchit sérieusement, on se rend alors compte que le touriste de base n'est pas celui que l'on doit forcément incriminer, sauf si, bien sûr, il se comporte mal dans le pays visité.

Il est en vacances et il n'y a absolument aucune raison qu'il n'en profite pas. C'est sa respiration annuelle et il en a besoin. Tout le monde n'a pas la chance d'habiter en effet dans de "jolis" lieux. En même temps, de nombreux habitants de villes devenues touristiques se voient dépossédés de leur quotidien.

Faisons le point.

 

 

Le touriste de base n'est pas celui que l'on doit forcément incriminer.
 

 

• Si l'on y réfléchit mieux...

On peut, en prenant le temps, comprendre que le touriste n'est que le dernier maillon d'une chaîne dont il ne maîtrise souvent pas grand-chose. Lui, on le piège, son argent est trop bon à prendre et si les protestations des locaux sont à respecter pour de multiples raisons, ce sera ailleurs qu'il faudra chercher les responsables d'une situation catastrophique.

D'ores et déjà, nous pouvons discerner cinq problèmes avec divers nombreux "coupables" responsables précis, dans le désordre, en France ou à l'étranger.

   
 

 

   

Les réseaux sociaux

Oui, bien sûr, quand on vante sur tel ou tel réseau la photo parfaite à faire, quand on a la possibilité d'un seul clic de diffuser une adresse touristique magnifique à visiter à tout prix, il est difficile d'y résister et il est clair que des dizaines de milliers de gens vont s'y ruer et c'est normal !
Faut-il devenir égoïste et ne pas forcément partager le spot parfait que l'on a trouvé ? Sans doute, même si c'est un peu triste d'en arriver là.

   
 

 

   

Les médias

La télévision propose des dizaines de séries de voyages, découvertes touristiques de toutes sortes. d'Echappées Belles à Au Bout, c'est la Mer en passant par Invitation au Voyage, le choix est très, très large. Alors, comment résister ? D'autant plus que ces émissions proposent souvent des lieux magnifiques et donc... touristiques, bien sûr.

   
 

 

   

Les agences, les compagnies aériennes, les applis, etc.

Vous n'aurez pas à chercher longtemps sur le net pour trouver des propositions de voyages tout compris (transports, nuitées, restauration, visites guidées et/ou thématiques). Vous irez donc à Saint-Jean de Luz, ou en Bretagne, au Maroc, à Venise, à Florence, à Londres, tout ça à des prix alléchants. Là encore, comment résister ?

De toute façon, un peu comme avec les réseaux sociaux, les applis de toutes sortes sauront vous "aider" : de Booking.com ou Tripadvisor à The Fork et l'indétrônable Google et ses avis, vous saurez où aller.
Mais soyez sûrs que vous ne serez pas seuls à le savoir, oh, non.

   
 

 

   

Les propriétaires des lieux à visiter.

Ils sont responsables grandement de ce surtourisme. Même si certains lieux sont (soi-disant) limités en termes de fréquentation (Grenade, les Calanques de Marseille, etc.), la plupart du temps vous serez compressés façon sandwiches lors des visites, que vous ayez réservés ou pas. Un exemple ? Mais oui, bien sûr, avec plaisir. Tentez la visite des Châteaux de la Loire au mois d'août, ou bien la découverte du Château du Haut-Koenigsbourg, en Alsace et vous verrez que pour les proprios (Etat ou privés), il faut faire du chiffre. Vous en serez les premières victimes. Les proprios se servent sur la bête, donc sur vous, et la visite tant rêvée ne sera pas toujours idéale.

Encore un autre exemple ? D'accord. Sachez que vous serez bien accueillis au Puy-du-Fou, mais vous serez énormément nombreux à être très bien accueillis. Beaucoup trop nombreux, même. Ici, comme ailleurs, l'argent est roi et les files d'attente interminables. Donc, entassement et promiscuité au programme, même si ce type de parc prétend à longueur de temps qu'il fait soi-disant tout pour limiter la foule.

   
 

 

   

Airbnb

Airbnb a souvent été désigné comme le coupable idéal. Et il fait partie du cœur du problème, c'est évident. Mais si cette société à créé une sorte de monstre, ce monstre ne peut exister dans le cadre du surtourisme que par l'avidité de nombreux propriétaires (particuliers ou sociétés), immensément assoifés d'argent dans certains endroits très visités. Toujours plus d'appartements, toujours plus chers.

De plus, ce que l'on oublie de préciser, c'est que dans les hauts lieux du tourisme, celui-ci a toujours nui historiquement depuis longtemps aux locaux, fussent-ils de simples pêcheurs. Toujours. Ces derniers ont d'ailleurs fini par disparaître au fil des siècles dans certaines zones.
Venise ? Biarritz ? Paris ? Saint-Malo ? Nice, Cannes ? La Grèce ?
etc.. ? Il est important de savoir que le surtourisme date en fait du 19ème et du 20ème siècle, très souvent (voir notre encart plus bas sur l'Espagne).

Airbnb n'a fait que salement aggraver une situation déjà existante dont sont souvent d'ailleurs victimes des pays en voie de développement, ou en difficulté financière majeure.

 

Jusqu'où certains propriétaires iront-ils ?

 
   
 

 

   

Commerçants et municipalités.

Si, en France, vous vous rendez à Cordes-sur-Ciel, à Lourdes, à Saint-Cirq-Lapopie, dans un village de l'île de Ré, à La Rochelle, ou bien à Sarlat (parmi des milliers d'autres endroits très touristiques), alors vous circulerez le long de ruelles dévorées par des restaurants de plus ou moins bonne qualité et des boutiques de souvenirs vendeuses d'art artisanal parfois fabriqué "artisanalement" en Chine.

Ces commerçants sont aussi le problème. Comme les municipalités qui ont permis tout ça. Le but ? Sous prétexte de faire vivre leur villes et villages, ils ont laissé faire le pire. Non, mieux, ils ont eux-mêmes fait le pire au détriment de leurs administrés. Rares sont ceux qui, comme le Maire de Saint-Malo, ont décidé que le grand n'importe quoi n'était plus possible et ont mis un frein à l'expansion touristique.

Et vous, vous marcherez dans ces lieux en pensant que ce n'est pas possible un monde pareil, quand même. Ils sortent d'où, enfin, tous ces gens ?

   
 

 

   

Dates de vacances.

Les dates ? Oui, logique, car tout le monde part en Juillet et Août. Surtout en Août. Donc, ça fait des millions de gens sur les routes et dans les sites touristiques. Il est vrai qu'historiquement, ces deux mois étaient les plus appropriés. Vues les canicules, les incendies et autres joyeusetés, ces périodes vont devenir moins évidentes. Mais qu'y peut l'usager ? Rien, absolument rien. Ce n'est pas lui qui a la main sur les dates et les fractionnements possibles des congés. L'Etat et les entreprises imposent leur loi depuis toujours.

Changer cet état de fait demanderait une concertation de tous les concernés, ne serait-ce que pour proposer des dates allant réellement de Juin à Septembre, dans un premier temps. Ça allègerait bien tout le monde. Rêvons.

Entassement et promiscuité sont au programme.
 

 

• Qui prend des vacances ?

Qui sont les touristes ? Qui prend des vacances aux dates estivales ? ETR comment ?

Si les plus aisés aiment à découvrir et voyager loin, pendant des périodes beaucoup plus larges et agréables, les moins fortunés voudraient bien profiter au mois d'août d'un repos bien mérité après une année de travail souvent éprouvante. Mais, cercle vicieux, moins on dispose d'argent, plus on fera partie du phénomène "surtourisme" tellement critiqué par des journalistes en mal de copie. Aller sur la côte, c'est se prélasser enfin un peu sur le sable et faire trempette. Déjà lors des acquis du Front Populaire, les français se ruaient en masse vers l'Océan Atlantique et la Mer Méditerranée, synonymes de lieux de farniente pas trop coûteux à l'époque.

En fait, ça continue toujours. La voiture, les voyages en avion aux prix cassés ont juste permis d'étendre un peu plus l'aire possible d'un tourisme de masse.

 

Qui critique le surtourisme, en fait ?
(Photo Laura Aida)

 
 

 

Qui plus est, durant ces deux derniers mois, on a assisté à des choses un peu étonnantes, sinon indécentes : par exemple, on a vu des "montmartrois" se plaindre du surtourisme. Propriétaires ou locataires permanents, ces indélicats se sont manifestés bruyamment en postillonnant que le surtourisme les empêchait de profiter tranquillement de leur vie bien douce. Pardon ? Sachant que le prix des appartements à la vente ou en location atteignent des prix hallucinants dans ce quartier de Paris (jusqu'à 16.000 € du m2, la vache !), on ne peut que constater qu'il s'agit bien d'une critique de riches envers des beaucoup moins nantis.

Ajoutons à ça que Montmartre est depuis longtemps, au même titre que Venise, par exemple, un quartier "gentrifié" factice, en carton-pâte, et que se rendiquer comme étant des habitants historiques du cru peut prêter à carrément s'esclaffer, surtout si on se rappelle que les premiers habitants, justement, très pauvres, ont été peu à peu chassés depuis des décennies par les "locaux" actuels.

 

En Espagne, la silhouette du fameux taureau Osborne, qui a aussi servi au film "Jamon, Jamon", ne devrait pas nous faire oublier que ce pays fut le théâtre d'un surtourisme de masse dès les années 60, alors qu'un franquisme sanglant sévissait encore.
Les français les moins fortunés, ouvrier(e)s pour la plupart, se précipitèrent avec leur 4 cv Renault et leur 2 cv Citroën vers un eldorado supposé où les ventas et la ville quasi frontalière de San Sebastian faisaient figure de destinations épiques dignes des voyages d'Ulysse, plus à l'est. C'était un rêve incroyable à portée de main.

Les plus aisés, eux, avaient déjà acheté des villas ou des appartements dans des lieux de ce même pays, beaucoup plus paradisiaques, et où le mot "surtourisme" n'était sans doute même pas présent dans tous les dictionnaires convenables utilisés par ces heureux.

Ces classes populaires qui voyageaient en masse et s'offraient un peu de frayeur en passant du Moscatel au retour à la frontière, étaient malheureusement déjà très critiquées à l'époque par beaucoup. Si la suffisance détestable de quelques-uns de ces touristes envers les espagnols posait problème, pour la plupart, c'était juste de braves gens qui s'offraient un peu d'aventure là où ça pouvait, comme ça pouvait, là où on le leur proposait, et avec des moyens financiers très, très limités.

 

     
 

 

• En conclusion...

Le surtourisme est une réalité avec des conséquences de plus en plus dramatiques pour des lieux où les habitants "historiques" sont dépossédés peu à peu de ce qui constitue leur vie.

Simplement, il faut (c'est très important) ne pas se tromper de cible. Le touriste lambda, humain peu ou très moyennement fortuné qui fait souvent ce qu'il peut comme il peut, reste lui aussi la victime de tout un système où l'on retrouve pêle-mêle : les médias, l'Etat, les municipalités, les collectivités locales, les applications touristiques, les agences de voyages, les sociétés de transport, les réseaux sociaux, les Airbnb et consorts (propriétaires avides et sociétés opportunistes), les sites touristiques publics ou privés (patrimoine, plages, etc.), les commerçants de tous poils, on en passe et des meilleures.

Simplement, il est plus facile et direct de dire que le touriste et sa valise à roulettes sont les responsables.

Comme on peut commencer à le lire dans quelques articles, il s'agit juste de mépris de classe, colporté par beaucoup trop de journalistes en manque d'idées.

Le surtourisme serait-il en train de devenir un "marronnier" *

*(Un marronnier est, en journalisme, un article de presse ou un reportage d'information de faible importance, qui sert à meubler une période d’actualité creuse. Le marronnier est ordinairement consacré à un événement récurrent et prévisible, avec des sujets souvent simplistes, parfois mièvres -Wikipédia-).

 

Les Landes de Gascogne (Gironde et landes), le Langonnais et le Bazadais, tout le Sud-Gironde, ne sont pas des lieux victimes du surtourisme, loin s'en faut.

Nos villages n'ont pas le potentiel de la côte Atlantique, par exemple, mais leur patrimoine historique (châteaux, bâtisses religieuses, etc.) ainsi que leurs réseaux de découvertes environnementales (sentiers de randonnées, pistes cyclables) n'ont pas à rougir, comparés à bien d'autres endroits en France.

Et pourtant, au même titre que le Gers, l'Ariège ou le Lot-et-Garonne, toutes ces régions encore peu touristiques, ne manquent pas de charme. Cependant, dans le passé, certains départements un peu décentrés, comme la Dordogne, se sont imposés peu à peu et sont devenus malheureusement parfois des zones de surtourisme.

Du coup, prudence... on n'a qu'à en rester là.

 

     
 

 

   
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